LE
SEVRAGE
Avant, pendant et après
Avant
Avant de prendre conscience de son addiction, on se laisse complètement
manipuler par son cerveau archaïque (le siège des pulsions
primitives) : on achète un magazine sexy alors que, deux secondes
avant, on cherchait un magazine sur la voile ou sur le PC, on se sent
littéralement happé par l'entrée d'un sex-shop sans
pouvoir y résister, on clique sur "Je certifie que je suis
majeur" et on pénètre sur un site X alors qu'on était à la
recherche d'une info sur le dernier lecteur de DVD, et pour certains :
on tourne brusquement le dos à l'avenue qui nous ramène à la
maison pour prendre la petite ruelle sombre où quelques prostituées
attendent le client.
Bref, c'est donc la période de l'INCONSCIENCE. Sitôt le plaisir
pris, on passe à autre chose et on n'y pense plus. En fait, on
enterre soigneusement le problème pour éviter de se remettre
en question.
Puis un jour, on se rend compte que, la satisfaction obtenue, on éprouve
un certain malaise. Et ce malaise va en grandissant au fur et à
mesure que les années passent. On commence à se dire qu'on
a un problème. On ressent un certain dégoût et même
une certaine honte au moment où l'on jette le magazine dans la
poubelle après avoir joui, au moment où l'on quitte la cabine
pleine de miasmes et d'odeurs de transpiration du sex shop en se disant
que c'est la dernière fois, au moment où, après avoir éteint
l'ordi, on remonte le pantalon et on cherche où
jeter ce foutu kleenex plein de sperme, au moment où l'on paye
la prostituée après s'être lavé la queue dans
le lavabo douteux...
C'est la période de la PRISE DE CONSCIENCE de son problème.
Mais on se dit que c'est passager et que c'est la dernière fois
que l'on craque. Encore une fois, on enterre le problème car on
ne veut pas trop culpabiliser.
Puis, un jour on réalise que, malgré tous les efforts pour
résister à ces pulsions, on n'arrive pas à
s'arrêter. On se sent impuissant devant ce cercle vicieux qui se
met en route à notre insu. Alors, on se pose des questions et on
cherche des infos pour mieux comprendre. Pour peu qu'on soit aidé
par la chance, on tombe sur un livre, une émission télé
ou un site qui en parle. Et là, on comprend qu'on est, en fait...
un DROGUE DU SEXE !

© Peter Marlow/Magnum
Pendant
Et oui, on peut ironiser sur l'adjectif "pendant" mais c'est
un peu ainsi qu'on se sent sexuellement quand on a décidé
de regarder la réalité en face. On commence à regarder
son sexe comme un ennemi, on se demande comment on a pu se laisser avoir
comme ça, et depuis tant de temps! Alors, on décide d'arrêter.
On est décidé, ça y est, on jette tous les produits
X à la poubelle et déjà ce geste est ressenti comme
une libération : on n'en veut plus, c'est fini !
C'est la période de REVOLTE, nécessaire pour prendre des
décisions drastiques face à la dépendance. Mais elle
est généralement suivie par une rechute quelques temps après,
temps qui varie de quelques heures à quelques jours, selon le degré d'addiction
de chacun. Devant ce sentiment d'impuissance face au phénomène,
on se dit que après tout on peut vivre avec, qu'il n'y a pas de
honte à se faire du bien, que là où il y a de la
gêne y a pas de plaisir, etc. C'est la période de RESISTANCE
ou de DENI, période qui peut durer de quelques jours à quelques
mois. On refuse de considérer qu'on a un problème car, en
fait, on sait qu'il est très difficile à résoudre
et surtout qu'il demande beaucoup d'efforts et de sacrifices.
Mais on ressent tout de même toujours cette honte et cette culpabilité
après chaque jouissance, alors on décice de prendre les
choses en main (c'est le moins qu'on puisse dire) et on décide
de se faire aider.
Par chance - ou tout simplement parce qu'on se donne les moyens d'y
arriver - on tombe sur un ami qui suit une psychothérapie et qui
vante les mérites de cette méthode d'introspection pour
résoudre ses problèmes de couple, ou sur un site qui traite
du sexolisme et on fait là une découverte majeure qui peut
changer notre existence. Enfin la solution est là !
C'est la période du COMBAT qui commence pour s'en sortir, période
qui peut durer de quelques semaines à quelques mois. Mais ce n'est
pas gagné pour autant, loin de là, comme en témoigne
cet échange par email :
"Cher Orroz,
Cela va faire plus d'une semaine que je ne suis pas retourné
sur un site porno et je m'en félicite. Pourtant, ce n'est vraiment
pas facile! Je ne pensais que cette dépendance était si
forte : c'est impressionant! Cela m'a permis de réaliser pleins
de choses négatives en relation avec cette dépendance. J'ai
vraiment la nette impression de renaître une fois de plus.
R: C'est ce que me disent la plupart des hommes
qui décrochent : une sensation de renaître, de recommencer
à vivre, en fait.
J'ai aplliqué vos conseils à la lettre : j'ai même
du utilisé la technique pour évacuer la pression au niveau
du sexe qui fonctionne à merveille. Je n'y croyais pas puis j'ai
essayé et c'est vraiment efficace. De plus, je fais plus de sport
que d'habitude, ce qui me permet d'évacuer ce trop plein d'énergie.
R: Oui, cette technique est très efficace
en cas d'urgence, mais le premier exercice du livre de Mantak Chia
est dix fois plus efficace. En revanche, il est plus long à mettre
en pratique et à maîtriser. Mais il faut se donner le
temps, le remède miracle n'existe pas !
Cependant, je fais des rêves vraiment gênant : je rêve
que je suis en train de me masturber devant des sites pornos et que je
me rends compte d'un coup que je me suis fait avoir et je me réveille
en sursaut. Je réalise alors ma crainte d'une éventuelle
rechute. Pourtant, je suis toujours aussi déterminé.
R: Oui, la première année de sevrage, cela arrive souvent.
En fait, le subconscient tente de reproduire des états d'excitation
pendant le rêve afin de se satisfaire parce qu'il est en manque,
vous comprenez ? Mais votre réflexion "je me rends compte
d'un coup que je me suis fait avoir" prouve que votre conscient vous
ramène à la réalité et c'est très bien.
Le temps que le cerveau archaïque lâche prise avec les anciens
schémas et que le neocortex prenne le relais en "imprimant"
de nouveaux programmes, il faut un certain temps : le temps nécessaire
du sevrage, qui varie selon les individus selon leur degré de dépendance,
leur motivation et bien sûr leur volonté
d'en sortir.
Ce matin, j'ai juste failli craquer au réveil. Je venais justement
de faire un rêve un peu érotique. J'ai pensé alors
à suivre une fois de plus vos conseils. J'avais vraiment envie
de me masturber mais doucement, en me faisant plaisir, et en ne pensant
qu'à ma douce compagne me rappelant des instants sincères
que nous avons quand nous faisons l'amour. J'ai donc commencé
à me masturber. Cela m'a fait du bien, jusqu'au moment où
j'ai eu de plus en plus de mal à me concentrer. Au bout de 4 ou
5 minutes de masturbation, je n'ai plus ressenti le désir de me
faire du bien. Alors, j'ai préféré arrêter
de me masturber sans avoir joui. Je me suis levé et j'étais
plutôt content de moi. Avant, quand je commençais à
me masturber, tant que je n'avais pas joui, je devais aller jusqu'au
bout sinon, je n'allais pas bien. Ce qui parfois me faisait me masturber
pendant plusieurs heures d'affilée, n'éprouvant presque
plus de plaisir au moment de jouir. J'ai l'impression que la réaction
de ce matin est positive et que ce n'est qu'un début! Pouvez-vous
me confirmer si cette réaction est normale ou est-ce une perte
de la libido ?
R: Votre réaction révèle
que vous faites de prises de conscience très rapides. Généralement,
on doit d'abord domestiquer le corps par rapport à la masturbation,
faire qu'il retrouve un plaisir sain pendant la masturbation, et
cela peut se reproduire à chaque rechute. Mais si vous le
réalisez maintenant, cela signifie que vous revenez au plaisir
sain de faire l'amour... à DEUX ! Car c'est bien la finalité du
plaisir sexuel, n'est-ce pas ?
En ce qui concerne la perte de la libido, elle survient plutôt
à la fin de la première année de sevrage total
(cela varie selon les individus et l'âge) mais en fait, elle
est largement compensée par la qualité des caresses
et la puissance de la jouissance, qui semble se prolonger avant
et après l'orgasme. Et puis, on prend conscience qu'il n'est
pas nécessaire de faire l'amour si fréquemment pour être
heureux. Bien au contraire, plus on attend et plus le plaisir est
grand ! En ce sens, on rejoint les préférences des
femmes, ce qui prouve que l'on a mis du Yin dans son Yang (un peu
plus de féminin dans son trop plein de masculin).
Merci pour votre soutien et pour avoir permis de mettre au grand jour
ce que personne n'osait faire jusque là!"
R: Je vous en prie...
Recevez
mes salutations
Orroz
La période du combat est la plus importante du sevrage, car on
est à ce moment-là "border line" pour employer
un terme de psychologie, on se sent sur la corde raide en permanence.
Tous ceux qui participent au forum d'Orroz en
témoignent: c'est dur de décrocher...
Pour peu que notre conjoint s'en rende compte, et l'équilibre est
de plus en plus difficile à maintenir. Quand on rechute, on s'en
veut et on peut aussi en vouloir à l'autre de mettre la pression.
On repart même parfois dans le DENI. C'est dans cette période
que certains abandonnent la lutte et replongent... pour quelques mois
ou pour quelques années, le temps de digérer une séparation,
une rupture ou une dernière "saison en enfer"...
Pour ceux qui ont l'ADSL, c'est dans cette période qu'ils téléchargent
le plus possible avec une frénésie de collectionneur avide
d'engranger (au cas où!) passant des heures devant l'écran,
voire des nuits entières, à la recherche de ce qui peut
les faire encore bander, sombrant de plus en plus dans le sordide et l'avilissant,
frôlant la pédocriminalité et aboutissant en fin de
compte... au dégoût de soi, au début de l'impuissance
et au désespoir.
Mais la plupart de ceux qui sont arrivés à ce stade considèrent
avec raison que c'est trop bête d'avoir été jusque
là et d'abandonner. Ils se remettent alors au boulot et c'est la
période d'APRES qui commence:
Après
Comme pour le tabagisme, c'est souvent la troisième fois que l'on
arrête qui est la bonne. On est enfin décidé
à lui faire la peau, à cette satanée dépendance
!
Et on tient trois semaines sans problèmes. Victoire ! Mais on sait
qu'il ne faut pas trop s'illusionner, la route est encore longue, avec
ses tentations : une fille en mini jupe un peu trop moulée, une
affiche ou une pub sexy à la télé et hop, voilà
le cerveau archaïque qui réclame sa dose, ou plutôt
qui la négocie : "Juste un petit coup d'oeil?" NON, c'est
NON et NON !!
Vraiment décidé cette fois-ci à gagner la bataille,
on part en guerre contre le porno : c'est la période du MILITANTISME.
On part à l'attaque dans les discussions, et tant pis si on dérape
un peu en exagérant, ça fait du bien. On va même précher
la bonne cause dans les forums traitant de la sexualité
et là on dérange pas mal. Du coup, on se fait engueuler
ou bannir à vie, mais on s'en fout.
Puis arrive le sixième mois et on se sent plus fort. Il arrive
que ça démange, mais on a appris à gérer et
on a plein de petites astuces pour que ça passe rapidement.
Notre conjoint devient de plus en plus attractif et on se surprend à
être câlin, gentil, attentionné, amoureux de nouveau.
On redécouvre l'autre et c'est encore mieux qu'avant, surtout quand
on fait l'amour : plus de tendresse, plus de plaisir et plus d'amour aussi.
On s'aperçoit qu'on avait dissocié l'amour du sexe alors
on se rattrape. C'est la période de LA GRACE...

Enfin, on parvient au bout de cette année de lutte acharnée
et on jubile !
Waou ! J'ai gagné, je suis sorti de l'auberge, Youpi ! Mais...
un ou deux mois après, on subit le premier test: alors qu'on ne
s'y attendait pas du tout, on tombe "comme par hasard"
sur une image évoquant de près ou de loin notre fantasme
préféré ! Aïe ! Va-t-on se laisser tenter ?
Rien à faire, on n'a pas fait tout ça pour rien, non mais
! Et pourtant, on se sent un peu faiblir. C'est la période de LA
NOSTALGIE... (qui peut survenir avant un an).
Mais à ce stade-là, rien ne peut entamer la volonté
et on se ressaisit, plus décidé que jamais à ne plus
se laisser avoir. Le passé et sa nostalgie, on se les met où je
pense et on regarde résolument vers l'avenir, qui est prometteur.
La créativité est à son maximum, on n'a plus peur
de rien ni de personne et on ne regarde plus les femmes de la même
façon. Quand on en croise une de mignone dans la rue, on ne se
branche plus automatiquement sur ses fesses mais sur son regard, afin
de saisir qui elle est vraiment, au-delà de son physique. Et là,
on a des surprises, et dans les deux sens ! Soit elle nous paraît
finalement très quelconque et l'on comprend qu'elle s'habille sexy
pour compenser, soit on décelle chez elle une personnalité intéressante,
ou une belle
âme en quête de sa moitié...
Et l'on se dit que la vie est belle, que l'Amour est finalement quelque
chose de beau, avec toutes ses facettes et malgré les difficultés,
et que sans ce partage, sans cet échange qu'il nécessite,
nul ne peut le connaître vraiment. Alors, on savoure cette période
de la VICTOIRE, surtout après le dix-huitième mois, et l'on
sait qu'on ne risque plus rien cette fois-ci, car cette victoire ne nous
appartient pas.
Pourquoi? parce que c'est la victoire de l'Amour...
Orroz
QUESTIONS
FREQUENTES
Un
participant au Forum: "Pourquoi le troisième mois est-on
le plus "testé" ? De quoi doit-on particulièrement
se méfier ?"
C'est comme la troisième semaine. Première
semaine, t'es content parce que tu as pris la bonne résolution,
deuxième semaine tu commences à prendre conscience de
la force de ta dépendance (ça commence à chatouiller)
et généralement la troisième semaine est la plus
dure, avec risque de rechute à la clef.
Il semblerait que ce soit pareil pour les mois : premier moisiversaire
Youpi! j'ai gagné ! A part une coupe de champagne virtuelle,
en fait on a rien gagné du tout !
Deuxième mois : aïe, ça a l'air plus tenace qu'on
y pensait... les envies se font plus fréquentes mais on a
de la volonté et on tient bon.
Troisième mois : la volonté ne suffit plus, il lui
faudrait une bonne stratégie de défense, des outils
de développement personnel ou une thérapie costaud,
oui mais voilà... on continue de se battre contre l'envie
d'y retourner et là on n'est plus solide du tout...
Ce n'est qu'à partir du quatrième mois qu'on commence
à souffler SI (et je précise si) on a compris qu'il
fallait passer à la vitesse supérieure du travail sur
soi. Alors, on peut considérer que les défenses acquises
sont solides. Pas indestructibles mais seulement solides. On peut être
piégé
par un film érotique ou une page de pub X sur le Web s'en être
parcouru de frissons comme pendant les trois premiers mois.
Voilà en gros pourquoi, et comment on peut passer le cap de
ces trois mois.
Un
participant : "Pour la période après 3 mois, il y
a moins d'infos il me semble. Peux-tu m'éclairer ?"
C'est une période qui demande toujours
plus de vigilance car on commet parfois des imprudences, telles que
regarder tard la télé (et vlan, un film érotique)
ou surfer sur des Forums orientés sexualité pour rameuter
des dépendants (et vlan, on dérive vers les fantasmes)
ou encore télécharger des films (et vlan, un porno
déguisé
en stallone!).
L'avantage, c'est qu'on commence à avoir du recul et qu'il
est plus facile de prendre les jambes à son cou ! On sait
ce qui peut arriver et ce qu'on risque.
La prochaine étape, c'est le sixième mois : là
on devient solide. On rêve encore qu'on mate, on s'attarde
sur les fesses qui passent mais on est plus détaché par
rapport au sexe. Et puis, on recommence à faire l'amour
de façon saine et là, on atteint des sommets car
on contrôle bien ses érections et son orgasme.
Donc, en attendant, patience et vigilance !
Bon courage à tous !
Orroz